Le grand delta du Rhône, par son altimétrie, est un territoire qui, lorsqu’il subit des inondations, a du mal à évacuer l’eau coincée dans ses terres. Lors des inondations de 1993, 1994 et 2003, certains points bas de la Camargue insulaire et gardoise sont ainsi restés inondés pendant plusieurs mois. En tant qu’autorité gémapienne, le SYMADREM a la responsabilité d’organiser cette évacuation post‑inondation, appelée ressuyage, afin de réduire le temps de submersion et favoriser un retour rapide à la normale.
Le syndicat a franchi une étape importante en s’apprêtant à signer deux conventions de partenariat : l’une pour la Camargue gardoise, l’autre pour la Camargue insulaire. Ces accords établissent un cadre commun pour mieux gérer le ressuyage et clarifier les rôles de chacun.
Une coordination renforcée en Camargue gardoise
La convention dédiée à la Camargue gardoise réunit douze partenaires majeurs : huit ASA (Associations Syndicales Autorisées), l’Union des ASA de Petite Camargue, le Syndicat Mixte de la Camargue Gardoise, la Communauté de Communes Petite Camargue et le SYMADREM. Elle formalise leur coopération autour du ressuyage des inondations sur un territoire exposé non seulement aux crues du Rhône, mais aussi à celles du Vistre et du Vidourle.
Elle liste les ouvrages concernés et précise le gestionnaire de chaque ouvrage en fixant les missions et les obligations de chaque partie pour trois périodes considérées :
- une période calme, sans alerte météo, qui correspond à la période verte ;
- une période orange déclenchée par l’émission de bulletins de vigilance précipitations ou crue, de niveau Orange sur le département ou les cours d’eau ;
- une période rouge déclenchée lors de l’émission d’un bulletin Rouge ou lors d’une situation de crise comprenant une entrée d’eau massive sur le territoire.
Le SYMADREM s’engage également dans la convention à provisionner annuellement dans son budget un montant de 60 000 € destiné à participer aux dépenses d’électricité incombant aux ASA pendant les périodes d’inondation. Ce territoire est exposé à des crues d’origines multiples, dont les débordements peuvent provoquer des montées d’eau rapides.
Lors des inondations, l’Union des ASA et notre syndicat assurent un rôle pivot : collecte des niveaux d’eau, décision et suivi des manœuvres réalisées sur les ouvrages et, dans certaines zones sensibles, mesures complémentaires de salinité et de température. Grâce à cette convention, les acteurs disposent désormais d’un mode opératoire partagé pour agir plus efficacement, échanger des informations en temps réel et améliorer la sécurité globale du territoire.

Un atout pour le système Vaccarès en Camargue insulaire
En Camargue insulaire les travaux de réhabilitation du pertuis de la Fourcade, engagés début 2026, renforceront considérablement la capacité de ressuyage de l’île et faciliteront les échanges d’eau avec la mer. Une convention de partenariat est en cours de signature avec le Conservatoire du littoral, le conseil départemental des Bouches‑du‑Rhône, la Réserve naturelle nationale de Camargue, l’ASCO (Association Syndicale Constituée d’Office) Corrège-Camargue Major, l’ASCO de l’égout de Roquemaure et la commune des Saintes‑Maries‑de‑la‑Mer.
Cette convention encadre également l’apport d’eau douce dans le système Vaccarès. Elle fixe les règles de gestion des ouvrages à partir de 2026 pour maintenir les niveaux d’eau et les salinités définis dans le plan de gestion des étangs, tout en rétablissant une continuité écologique entre le Vaccarès et la mer. Cette coopération préfigure l’élaboration d’un futur règlement d’eau pour ce territoire.
En parallèle, l’étude d’avant‑projet sur les ouvrages de ressuyage du nord de la Camargue insulaire a été remise fin 2025. Elle concerne les stations d’Albaron et de Pierre‑du‑Lac ainsi que les clapets du Rousty, principales entrées d’eau pour l’étang de Vaccarès. La maîtrise d’œuvre de la réhabilitation du pertuis de la Comtesse avance également. Les travaux sur l’ensemble de ces ouvrages devraient démarrer en 2027.

Construire une vision commune de l’eau en Camargue
Ces nouvelles coopérations, de part et d’autre du Rhône, posent les bases d’une gestion plus cohérente et plus solidaire de l’eau en Camargue. Elles constituent un socle commun pour mieux partager la ressource, organiser l’apport d’eau douce, lutter contre la salinisation et accélérer le ressuyage après les crues.
Dans un territoire aussi vulnérable que le delta du Rhône, cette approche collective est devenue indispensable pour agir efficacement pour l’apport d’eau douce, la lutte contre la salinisation et les inondations.