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Lône : Retour sur la translocation d’espèces végétales, une technique d’ingénierie écologique récente

La lône Tarascon-Arles, réalisée en 2020, est une mesure environnementale pour compenser la création de la digue entre Arles et Tarascon. Elle a notamment reçu la translocation de deux espèces végétales à fort enjeu écologique. Cinq ans après, un premier retour d’expérience permet de mieux comprendre les facteurs de réussite et d’échec de ces translocations.

Dans le cadre de la création de la digue Tarascon-Arles, le SYMADREM a créé une lône pour compenser l’impact hydraulique du nouvel ouvrage de protection. Cette lône conçue artificiellement a permis de prélever 600 000 m3 de matériaux nécessaires aux travaux de construction de la digue. La lône, elle, a été conçue de manière à accueillir les mesures compensatoires du projet de création de digue sur l’environnement. Elle a fait l’objet de nombreuses plantations d’espèces végétales, nécessitant la mise en place d’une gestion régulière pour accompagner sa dynamique.

Deux espèces végétales précieuses

Deux plantes ont bénéficié de translocation sur la lône Tarascon-Arles : la Nivéole d’été (Leucojum aestivum), espèce hygrophile protégée au niveau national et l’Aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda), plante hôte de la Diane (Zerynthia polyxena), Lépidoptère protégé.

La translocation, une technique d’ingénierie écologique prometteuse

Pour compenser les impacts des travaux, des opérations plus spécifiques de transplantation ont été déployées.

La translocation est une technique d’ingénierie écologique. Elle consiste à déplacer des organismes vivants depuis un site impacté A vers un site d’accueil B, dans un objectif de conservation et de restauration de l’espèce transloquée.

Les opérations de translocation des deux espèces ont été réalisées en 2020 et 2021. Depuis, un suivi spécifique est réalisé pour étudier l’évolution de la population d’Aristoloches à feuilles rondes, de Diane et de Nivéole d’été. Ce suivi commencé en 2021 est annuel jusqu’en 2027, puis s’échelonnera tous les 3 ans. Il permet de s’assurer de l’efficacité des mesures et de la pérennité des stations.

En 2025, les résultats montrent une réussite contrastée entre les deux espèces. L’Aristoloche présente une très bonne reprise, bien que la Diane n’ait pas encore recolonisé la zone. A l’inverse, la translocation de la Nivéole d’été montre des taux de reprise faibles.

Une reprise difficile pour la Nivéole

1145 individus ont été plantés entre 2020 et 2021. Les premières années, une légère baisse de plants a été observée (98% de reprise en 2021 et 91% en 2022). C’est un phénomène courant, à la suite d’une transplantation.

Les résultats de 2025 sont plus alarmants. Le suivi 2025 a identifié 411 individus visibles, soit seulement 41% de reprise. Il s’agit d’une baisse importante par rapport aux suivis précédents. Certains secteurs comportent très peu d’individus retrouvés. Cette baisse s’explique principalement par des conditions hydrologiques défavorables observées durant l’hiver. Une large partie des transects est restée immergée pendant une longue durée, compromettant le cycle phénologique normal de l’espèce. Les causes de cette reprise, plus faible, semblent donc dépendre en partie de leur positionnement par rapport à la zone humide (sur les berges ou centre) de l’orientation et de l’immersion prolongée ou non des plants.

Parmi les individus observés, plusieurs dizaines d’individus étaient en fleur, en bouton ou en fruit. Ces indices permettent de confirmer que la Nivéole d’été est capable de se reproduire sur le site d’accueil. En revanche, aucun individu n’a été noté en dehors des zones de plantation, les graines produites ne semblent pas amener à une seconde génération d’individus pour le moment.

Cette translocation permet d’obtenir des enseignements précieux pour la réalisation d’autres translocations. Il s’agit d’une des premières translocations pour cette espèce. Nos précédents suivis ont mis en évidence que le prélèvement des bulbes hors période de floraison évite leur épuisement. Cette année, c’est l’importance de l’eau qui a été démontrée : il est nécessaire de limiter la submersion pour une meilleure reprise. L’effet du positionnement sur les berges joue aussi un rôle dans la reprise des individus. La fructification observée nous laisse de l’espoir sur une possible dissémination, dans les prochaines années.

Plusieurs expériences réussies pour l’Aristoloche

Globalement, une très bonne reprise a été constatée sur la plupart des stations de la lône Tarascon-Arles, en 2025. Un total de 201 individus a été retrouvé, soit 125% de reprise. Sur beaucoup de stations, les individus plantés ne sont pas discernables des nouveaux individus. Il s’agit pour la plupart des aristoloches de nouveaux individus issus des germinations ou de reproduction végétative. Parmi les variables testées (érosion, sécheresse, géotextile), aucune n’a dégagé d’effet fixe significatif. Ces bons résultats de reprise sont à modérer par l’absence d’observation de la Diane, papillon protégé dont les larves se nourrissent de l’Aristoloche à feuilles rondes. La présence d’une station historique comprenant des papillons à proximité laisse présumer qu’une colonisation future reste possible.

Lors d’un précédent chantier, une transplantation d’aristoloche à feuilles rondes avait déjà été mené par le SYMADREM dans le cadre d’un programme compensatoire. Quatre ans après les travaux de renforcement des digues du Rhône entre les communes de Beaucaire et de Fourques (30), un suivi écologique des mares de Beaucaire-Fourques avait démontré la bonne réussite de cette translocation. La présence de la Diane, avec plus de 80 ponte-œuf et plus de 260 chenilles avait été observées sur le site des Lecques attestant la présence d’une station importante de l’espèce et sa bonne reprise après avoir été transloquées.

Des expériences instructives pour l’avenir

Une réussite globalement satisfaisante est constatée, avec une bonne reprise des individus d’aristoloche et une reproduction de ceux-ci. En revanche, la Diane n’a pas recolonisé les stations à l’heure actuelle, alors qu’il s’agissait de l’objectif initial de la translocation.

Les bons résultats de l’Aristoloche à feuilles rondes sont en partie dus aux retours d’expériences, déjà nombreux dans la littérature scientifique, et des anciennes translocations déjà effectuées sur d’autres secteurs du SYMADREM. Néanmoins, la Diane n’a pas été observée sur la lône 5 ans après sa transplantation, soulignant les limites de la translocation comme outil de conservation à part entière.

Conclusion

La translocation végétale est une pratique innovante mais difficile à mettre en place. Ces retours d’expérience apportent des éléments précieux pour comprendre les causes de réussite ou d’échec de ces translocations et en ajuster des futures si besoin. L’une des raisons de l’échec de la nivéole peut s’expliquer par l’absence de retour d’expérience pour cette espèce dans la littérature scientifique et chez les gestionnaires.

Ces résultats sont déterminants dans la mise en œuvre des actions à venir pour une bonne gestion de la lône Tarascon-Arles.