Objectifs
L’étude de renforcement des digues entre Beaucaire et Fourques est une opération prioritaire du Pré-schéma Sud du Plan Rhône. Le SYMADREM en est le maître d’ouvrage opérationnel.
L’étude de renforcement se fait en deux grandes phases : le diagnostic des digues et de la plaine protégée, suivi de l’avant projet avec la conception des ouvrages et sa conséquence sur la plaine protégée.
Le diagnostic permet de donner un état des lieux des digues actuelles et d’en connaitre les points faibles. L’avant projet doit de dimensionner les ouvrages en réponse à cet état des lieux. Le calage des ouvrages est donné par l’étude de calage, il répond aux objectifs du plan Rhône :
- éviter les brèches,
- protéger la plaine pour une crue type décembre 2003,
- pour des crues plus fortes résister à la surverse sans rupture.
Résultats
Diagnostic des digues actuelles : un risque de brèche inacceptable
Les études menées entre 2007 et 2009, par le bureau d’étude ISL pour le compte du SYMADREM, permettent de connaître l’état des digues actuelles.
Il s’agit de :
- Connaitre les anciens bras du Rhône, les anciennes brèches, qui peuvent être des points faibles dans les ouvrages actuels.
- Connaitre la dynamique du fleuve.
- Recenser de tous les désordres observés sur les ouvrages.
- Réaliser des analyses de sol poussées, à la fois dans la digue et dans la fondation, pour connaitre la composition des terrains et leur capacité à résister aux crues (infiltrations par exemple).
- Analyser les levés topographiques pour trouver tous les points bas de l’ouvrage.
Ces études sont complétées par des modélisations hydrauliques et des analyses statistiques.
Ces diverses études permettent de donner le niveau de protection actuel.
Le profil en long de la digue montre que les premiers débordements se font pour une crue type décembre 2003 sans brèche (soit 30 cm au dessus du niveau observé en 2003 lors de la formation des brèches). Le niveau de protection actuel est donc inférieur à la crue de 11 500 m3/s (crue type décembre 2003).
Les brèches peuvent être le résultat de plusieurs mécanismes (surverse, infiltration, érosion par le fleuve…), pour connaître le risque de rupture de la digue il faut donc étudier tout ces paramètres.
L’étude a permis d’identifier les points les plus faibles du système de protection. Il s’agit donc des points bas, des zones sableuses, des zones proches du fleuve et soumises à l’érosion par le courant, des zones connues d’infiltration, des zones fragilisées par la présence d’ouvrage traversants, de terriers ou de racines d’arbres, etc.
Grâce à cela on peut donner des risques de rupture par zone.
L’étude conclue à un risque de rupture fort pour une crue de type décembre 2003 et à une rupture quasi-certaine pour des crues plus fortes (crue de référence type 1856 et crue millénale).
Afin de connaitre les effets de plusieurs brèches sur la plaine, des modélisations hydrauliques ont été réalisées.
Les résultats de ces simulations sont synthétisés dans le tableau ci-dessous.
| Crues modélisées | Volumes déversés dans l’état actuel (avec formation de brèches) | Montant estimatif des dommages |
|---|---|---|
| Type décembre 2003 (11 500 m3/s) | 35 à 260 Mm3 | 72 à 320 M€ |
| Crue de référence (12 500 m3/s) | 140 à 1700 Mm3 | 180 à 490 M€ |
| Crue millénale ou exceptionnelle (14 160 m3/s) | 615 à 2400 Mm3 | 270 à 530 M€ |
Les modélisations permettent de donner, en tout point de la plaine, les hauteurs d’eau, la durée de submersion et la vitesse de l’onde. Ces paramètres d’aléa peuvent être recoupés avec les enjeux présents dans la plaine pour estimer le montant des dommages lié à la crue.
Projet de renforcement des ouvrages
La conception des digues doit répondre aux objectifs fixés par le Plan Rhône et l’étude de calage :
- Eviter la formation de brèches,
- Empêcher tout débordement jusqu’à une crue type décembre 2003 sans brèche,
- Pour des crues plus fortes assurer un déversement sans rupture.
Cette conception résulte de la connaissance des digues actuelles et de leurs points faibles.
L’objectif premier de ce confortement est d’éviter la formation de brèches. Pour cela 5 km de digues seront renforcés au déversement par la pose d’enrochements bétonnés sur le talus côté terre. Cette section, allant du Fer à cheval jusqu’à la prise d’eau BRL, sera calée légèrement au-dessus de la ligne d’eau d’une crue type décembre 2003 sans brèche (soit environ 30 cm au dessus des niveaux observés en 2003). Ce calage permettra un niveau de protection supérieur à l’actuel, certains points bas étant aujourd’hui plus bas que la ligne d’eau de décembre 2003 sans brèche.
Les autres tronçons seront calés environ 80 cm plus haut, soit une protection des zones urbaines de Fourques et de Beaucaire pour la crue millénale avec une revanche de sécurité de 40 à 50 cm.
La zone au nord de la plateforme CNR – comprenant la digue du musoir, la digue de l’écluse de Beaucaire et la digue dite des italiens – qui constitue un des points les plus faibles du système actuel, sera entièrement confortée.
La plateforme CNR devra être légèrement rehaussée.
Sur presque toute la longueur de l’ouvrage le canal d’irrigation de Beaucaire sera déplacé de 20 m vers la plaine pour assurer la stabilité des deux ouvrages.
Impact du projet sur le territoire
Afin de connaitre la pertinence du projet, l’impact du confortement est analysé.
Pour cela on s’intéresse aux réductions d’aléa, aux diminutions de dommage pour les différentes crues, mais aussi aux gains en termes de sécurité publique.
Le montant des travaux, prévu à 40 M€, est également comparé aux différents gains liés au projet.
Le confortement permet une forte réduction de l’aléa :
Les modélisations hydrauliques montrent que pour la crue de référence, les centres urbains de Beaucaire, Fourques et Saint-Gilles ne sont plus inondés après réalisation du projet. Les quartiers sud de Bellegarde passent en aléa modéré (moins de 50 cm d’eau).
| Crues modélisées | Volumes déversés dans l’état actuel (avec formation de brèches) | Montant estimatif des dommages |
|---|---|---|
| Type décembre 2003 (11 500 m3/s) | 35 à 260 Mm3 | 0 |
| Crue de référence (12 500 m3/s) | 140 à 1700 Mm3 | 25 Mm3 |
| Crue millénale ou exceptionnelle (14 160 m3/s) | 615 à 2400 Mm3 | 110 Mm3 |
| Crues modélisées | Rappel du montant estimatif des dommages dans l'état initial | Montant estimatif des dommages dans l'état du projet |
|---|---|---|
| Type décembre 2003 (11 500 m3/s) | 72 à 320 M€ | 0 |
| Crue de référence (12 500 m3/s) | 180 à 490 M€ | 20 à 30 M€ |
| Crue millénale ou exceptionnelle (14 160 m3/s) | 270 à 530 M€ | 80 à 110 M€ |
La réduction du risque de brèche est considérable. C’est le principal objectif du renforcement des ouvrages.
La plaine est protégée pour toutes les crues jusqu’à la crue type décembre 2003 sans brèche (30 cm plus haut que la crue de décembre 2003).
Les secteurs urbains sont protégés jusqu’à la crue millénale plus 40 à 50 cm de revanche.
Les volumes de débordement pour des crues très fortes (supérieures à celle de décembre 2003) sont considérablement réduits. Cette réduction se traduit par une baisse sensible des hauteurs d’eau et des durées d’inondation.
Les routes stratégiques restent hors d’eau. L’autoroute reste menacée pour les très fortes crues (type 1856) sur moins de 2 km au Sud de Bellegarde (présence de moins de 50 cm d’eau pendant quelques jours).
